[FR] Paysage à garder
Beautiful, but maybe not for much longer. Looking out a train window in Provence on a hot August morning. En français.
En train pour Marseille, je regarde le paysage qui défile devant la fenêtre en quittant la gare des Arcs-Draguignan. C’est un paysage typiquement provençal : des collines couvertes d’arbres, des vignobles vert foncé alignés en rangs parfaits, des hameaux formés de petits regroupements de maisons, et des villages plus grands, dont certains s’accrochent le long des collines.
À Puget-Ville, un village un peu plus grand que ce train ignore sans scrupule, une chaîne de montagnes qui surplombe les habitants se dresse, ondulante comme des montagnes russes. La terre, visible parmi les vignes, est rougeâtre et semble riche et féconde. La chaleur de la journée est déjà arrivée et on voit les résultats de la sécheresse de cet été. Les feuilles semblent épuisées par les coups infligés par un soleil de plomb incessant.
Un grand rocher, perché tout en haut au terme de cette chaîne de montagnes, annonce l’arrivée à Toulon, une ville militaire dont le charme m’a échappé jusqu’à présent. Les signes de la vie moderne apparaissent, une avant-première de ce qui m’attend à Marseille : des graffitis, des zones industrielles avec leurs bâtiments sans âme et d’énormes centres de distribution pour les grands transporteurs comme Chronopost et FedEx.
Des camions lourds arrimés aux quais de chargement des grands entrepôts de toutes sortes, attendant leur cargaison et les chauffeurs qui l’achemineront vers leurs destinations à travers l’Europe. Des acteurs essentiels dans une économie qui consume tout ce qu’elle touche. En s’approchant du centre de la ville, ces zones sont remplacées par des immeubles et des lotissements aux maisons serrées avec leurs jardins où des jouets sont éparpillés et des trampolines silencieux et immobiles restent abandonnés, des victimes de la canicule d’août.
La frayeur me frappe quand je pense que tout cela pourrait partir en flammes, comme tant de forêts en France cet été. Même à Taradeau, mon image d’un refuge loin des soucis du monde s’est brisée à l’annonce d’un incendie près de chez nous. Nous avons regardé, impuissants, les flammes qui léchaient la tour ancienne, symbole du village. Ensuite, il ne reste que des flancs de coteau carbonisés, des cicatrices noires qui témoignent d’un monde déséquilibré.



I loved this! My French is rusty (it's been almost 20 years since my last class, haha), but I mostly understood it, and I can tell that this piece was well-written. :)